Mes publications

Stress au travail : révélations sur un mal français
(Figaro Magazine/dossier en collaboration avec Christophe Doré)

– « Le diable est dans les détails » : ouvrage aux editions Jc Lattes (Livre de poche 2005)

– « Le burn-out des policiers » (2012/CNAM)

– « Bien dans sa vie » Figaro-magazine (Janvier 2009)

– « L’estime de soi ou comment se libérer de son propre regard »
( article du Figaro Magazine 24 novembre 2006) : Christine F., 29 ans, est persuadée qu’elle est moche et idiote. Il arrive que cette jolie brunette, diplômée d’une école de commerce, se regarde dans le miroir et se balance des gifles. Fait-elle, dans un dîner, une minuscule bourde qu’elle se mure dans un silence qui dure toute la soirée en maudissant son imbécillité et sa laideur. André, 47 ans, donne l’apparence du cadre supérieur à qui tout réussit. Technicien hors pair au bureau, il vit pourtant un calvaire dès que l’on entre dans la sphère des repas, pots, et autres relations informelles. Il est victime du «syndrome de l’imposteur», celui qui craint sans cesse qu’on vienne le démasquer en le traitant d’incompétent et de nul ! A cause de cette hantise, Aline, 47 ans, a préféré opter pour des postes très en deçà de ses compétences. D’une timidité maladive sur un fond dépressif, elle est toujours tombée sur des compagnons de vie très limités et forts en gueule, des machos qui la traitaient mal. Elle a subi deux opérations de chirurgie esthétique du nez et des seins qui n’ont en aucune manière résolu son manque de confiance en elle.

« Dans chacun de ces cas, note le neuropsychiatre Christophe André nous avons affaire à des insuffisances d’estime de soi qui deviennent handicapantes, bien au-delà du doute naturel que chacun a en lui sur ses performances, son physique, son intelligence. »

Le patient devient alors sa propre victime. Incapable de se libérer de sa volonté de perfection, il se punit de ses insuffisances en augmentant les frustrations et le sentiment d’échec. Un cercle vicieux qui le conduit à se répéter, dans d’interminables monologues intérieurs : «Je ne vaux rien.»

Un narcissisme inversé.
Ce dénigrement de soi trouve bien souvent ses racines au moment de l’enfance : soit les parents géraient mal leur propre estime ; soit ils dévaluaient leurs enfants, parfois en y surajoutant un dénigrement comparatif («Ton cousin se débrouille mieux que toi» ; «La petite Amélie est bien plus jolie») ou les mettaient excessivement en garde contre les dangers de la société et du monde

Quand ces éléments se cumulent, chaque revers, même minime, va alimenter un narcissisme négatif (on ne pense qu’à soi, mais pour se dénigrer, voire se détester) qui se polarise, sans concession ni indulgence, sur des insuffisances réelles ou supposées, des tares physiques, parfois imaginaires.

Le problème de l’estime de soi est rendu plus complexe par sa dualité :
Souvent le patient, dans une folie comparative avec les autres, s’imagine inférieur sur tous les points : intellectuel, culturel, mais aussi physique. D’où un recours massif à la chirurgie esthétique, pour ressembler à des présentateurs de télévision eux-mêmes souvent refaits.

Le niveau d’estime de soi n’est pas le seul indicateur du malaise. Sa variation est fondamentale. Rien n’est plus inquiétant pour les spécialistes que le matador qui, à la suite d’un revers banal, enregistre un effondrement vertigineux d’estime de lui-même. Paradoxalement, un taux plus bas, mais stable, sera géré dans la souffrance mais sans crise majeure, parce qu’il y a déjà en place des mécaniques de sauvegarde : soit une autovalorisation systématique (les interlocuteurs qui énumèrent leurs diplômes, leur CV et font du name-dropping à tout-va) ; soit des choix professionnels ou privés bien en deçà des aptitudes ; soit enfin des réflexes de compensation tels que le recours à des codes sociaux permettant de «faire semblant», le refus de l’échec, la surdité aux critiques, le repli sur soi, etc. Quand ces mécanismes ne fonctionnent plus ou mal, les pathologies se mettent en place : boulimie, troubles sociaux, anxiété, dépression.

Retrouver la liberté.
La trop faible estime de soi doit impérativement être soignée. Faute de quoi elle se tranforme en une mécanique lente d’autodestruction qui mène à un anéantissement. Cela passe généralement par une thérapie de groupe. Le patient doit sortir de son isolement, de ses ruminations pour rétablir des liens avec le monde et avec le mouvement.

Les résultats obtenus par ce travail en commun, durant lequel il y a prise de parole face aux autres, sont performants.

Dans tous les cas, l’objectif consiste à ouvrir le patient au monde et à l’action en le faisant échapper à la sévérité mortifère de son propre regard. La réponse à une faible estime de soi ne consiste donc pas à améliorer en permanence son image dans une quête absurde de perfection (qui fait le bonheur de la chirurgie esthétique).

« Il faut seulement s’accepter, en dit l’auteur de «Imparfaits, libres et heureux». C’est la théorie du meilleur ami : chacun doit se traiter avec les mêmes attitudes de réconfort et de soutien, d’indulgence et de compréhension qu’il manifeste auprès de ses amis les plus proche.

Le Figaro Magazine 26 novembre 2006 Tous droits réservés.